Livres
Semer des cailloux…
Ce n’est pas seulement dans les contes pour enfants.
C’est aussi le propre de chacun… Enfant, adolescent, adulte.
Ces cailloux que nous déposons au gré du temps.
Petits ou grands… Ils accompagnent une vie pour en laisser un souvenir, une réalisation, une mémoire.
Ces cailloux, aussi, posés avant nous, par d’autres, et que nous suivons, quitte par la suite à les oublier, les ignorer…
Et pourtant, il suffit d’une absence sur ce chemin de vie pour que le manque s’installe, se remplisse de questions, de doutes, d’angoisses…
Sur le petit chemin de vie Anna, des cailloux sont posés. Petits cailloux d’enfance, cailloux mis là par ses parents…
Mais un jour survient le vide, l’absence.
L’incompréhension, violente, douloureuse…
Son père n’est plus.
Comment comprendre cette brutale disparition alors que l’on n’a que 6 ans ? Comment grandir, se construire sans celui qui brutalement a disparu ?
Qui était donc cet être qu’elle a eu à peine le temps de connaître ?
Des questions et autant de réponses qu’Anna cherchera.
La nécessité, aussi, de reconstituer un puzzle de vie dont l’une des pièces centrale manquera à jamais.
Ce puzzle incomplet ne doit-il pas envers et contre tout se constituer ? Ne serait-ce pour découvrir à sa manière celui qui n’est plus ! Ne pas le rechercher au risque, une nouvelle fois, de le perdre ?
Violette d’Urso a 6 ans lorsque son père Luigi d’Urso, un homme élégant, raffiné, disparaît à l’âge de 55 ans.
A travers Anna, c’est la vie de Violette d’Urso que nous découvrirons ou, plutôt, qu’elle confie aux lecteurs.
Délicatement, élégamment, posément mais sans rien cacher de ce que lui délivrera cette quête, la jeune fille reconstitue un fil de vie violemment coupé.
La psychologie enseigne que si la parole est importante, l’écrit l’est tout autant.
Plus encore, si les mots ne se délivrent pas, l’écriture est porteuse à son tour de sens.
On devine que cette quête a été source aussi de nombreux chemins de travers.
Un délicat voyage entre la tristesse, l’envie de découvrir, le besoin de reconstituer une vie achevée et plus encore de parler aux autres.
C’est aussi la force de ce roman, la jeune Violette couche sur papier son histoire comme la nécessité de palier à ce qui a pu lui manquer et qu’elle seule pouvait reconstituer.
Les autres ? Car ce témoignage de vie est aussi une main tendue à celles et ceux qui, trop tôt, n’ont plus l’un de leurs parents.
Cette quête est aussi une part de vérité. Celle qui se délivre au fur et à mesure et qui fait apparaître au grand jour une autre image. Loin de celle idéalisée...
Tout aussi solaire fût-il, sa façon d’être, son environnement, prendre en considération aussi sa part d’ombre et ses addictions.
Un travail nécessaire pour opérer une transition, procéder à une métamorphose, entre la jeune femme à présent devenue et la petite qu’elle était.
A la connaissance du thème, on ne pouvait que présumer de l’émotion qu’il allait procurer.
A la lecture du livre, on est partagé de multiples ressentis.
On compatit, on ressent ce vécu grâce au réalisme dépeint, on est aussi troublé par sa manière de détailler les événements, êtres ou situations.
Une histoire poignante portée par une écriture précise, pointilleuse, touchante et assurément talentueuse. Celle de Violette d'Urso.
Même le bruit de la nuit a changé
Violette d’Urso
Flammarion
20€
(c) Pierre Sinanian/Mi.ian Galery. Juin 23

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