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vendredi 8 mai 2026

Desproges, maître des mots.

Livres

1988, Pierre Desproges disparaît à l'âge de 48 ans.

Si les nouvelles générations ne savent probablement pas qui est ce personnage, provocateur et sensible, pour d’autres, adultes tout comme lui à cette période, adolescents ou encore enfants, Pierre Desproges était une figure emblématique de l’époque. Si les adultes d’alors mesuraient l’espièglerie et le côté provocant du personnage, les adolescents son humour décapant, les enfants, eux, regardaient ce dernier dans « La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède », sans comprendre ni sa finesse, ni sa justesse et encore moins son esprit.

Il fallut par conséquent du temps pour comprendre et, en même temps, en y repensant après coup, percevoir que derrière ses formules et son côté irrévérencieux à certains égards se cachait aussi et surtout une sensibilité à fleur de peau.

Repenser à Desproges, c’est par conséquent faire un voyage dans le temps. Un voyage à une époque où tant de choses pouvaient être dites, bien loin de la sensibilité, pudeur, susceptibilité d’aujourd’hui…

Jean-Michel Djian est passionné par Pierre Desproges. Un « maître » auquel il s’excuse de le rappeler à lui alors que cela fait maintenant plusieurs années que l’esprit fin, ravageur, de ce dernier s’est envolé vers un ailleurs.

Dans ce livre hommage, Djian revient sur la vie de ce magicien des mots et cette période qui ne craignait pas le politiquement correct. La force, et richesse, de Desproges ne résidait pas tant sur son sens de la provocation que son travail précis, exigeant, sur ses textes. Il n’est pas rare de voir des mots perdre leur sens, utilisés sans qu’ils soient adaptés, voir, pire encore, détournés pour faire un effet de manche. Jean-Michel Djian souligne justement que la précision de Desproges dans son choix du mot, des mots, était l’une de ses forces.

Figure singulière, Desproges était un orfèvre de l’humour noir, humour incisif, pointu, ciselé… Un être réaliste sur l’état du monde, sur les autres, sur lui-même… Au monde absurde, non pas des coups d’éclats mais des mots qui claquent pour le caractériser, lui donner le change.

Jean-Michel Djian nous retrace dans cette biographie le parcours d’un homme libre. Le biographe ne pouvait le célébrer sans y mettre lui-même un ton particulier. Force est de constater que c’est réussi.

Djian offre aux contemporains de Desproges l’occasion de le retrouver, aux nouvelles générations, celle de le découvrir.

Un orfèvre des mots dans tous les cas inspirant.



"Desproges en gros caractère", aux éditions Le Cherche midi.
Jean-Michel Djian. 20€

(c) Pierre Sinanian/Mi.ian Galery. Mai 26

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