Pages

vendredi 14 novembre 2025

Maïa Brami... "Jusqu'à sentir battre leur coeur".

Livres


Il y a peu, quelques harpies, mais aussi des militants, personnalités politiques ou universitaires, s’adressèrent (pour ne pas dire menacèrent…) à un grand titre new-yorkais en lui demandant (ou lui intimant l’ordre…) de modifier son approche du conflit israélo-palestinien, posant des diktats multiples et variés, et même de revenir sur un article accusant le Hamas de crimes sexuels commis le 7-Octobre. [Sic]

Plus récemment, il y a seulement quelques jours, une rapporteuse spéciale des Nations unies chargée des violences faites aux femmes et aux petites filles, déclarait qu’aucune enquête indépendante n’avait trouvé de preuves de viols lors de l’attaque du Hamas contre Israël, il y a deux ans. [Double Sic]

Lors de la première déclaration, débutait la lecture de cet ouvrage. Lors de cette seconde déclaration, la fin de sa lecture. À croire que…

Cet ouvrage, c’est celui de Maïa Brami. Un livre fort sur celles qui durant ce sinistre 7 octobre 2023 furent violentées, violées, enlevées, martyrisées…

Le 7 octobre… Encore diront certains. Lorsque ce n’est, comme c’est étrange, la volonté de relativiser ou plus encore nier ce pogrom.

Même si un titre ne peut à lui seul préfigurer la qualité d’un ouvrage, il faut bien reconnaître que non seulement il a le pouvoir d’attirer l’attention, de toucher, rendre curieux et autres sentiments humains. 


Magnifiquement intitulé « Jusqu’à sentir battre leur cœur », l’ouvrage frappe au cœur et hante la pensée. Une fois cet ouvrage terminé, une évidence s’impose. Ce n’est pas un cœur que le lecteur sentira battre mais des cœurs. Derrière les mots, les témoignages ou récits, derrière l’effroi, le choc, la tristesse ou les larmes, la volonté de transmettre et témoigner. On ressent aussi tout au long de l’ouvrage, une rage, celle de Maïa Brami qui en son nom, par sa plume, souhaite raviver le souvenir de ces femmes, célébrer leur mémoire, saluer la résilience des vivantes. Parler pour elles, pour que justement rien ne s’efface. Parler en tant que femme de ces femmes. Ces femmes, Maïa Brami ne les connaissait pas et pourtant, en rapportant leur souffrance, le sentiment qu’elle pourrait être l’une d’elles. Des femmes condamnées pour leur nationalité, leur religion, le fait d’être femme. Comme souvent en témoignant pour les autres, on fait de leur expérience la sienne. Sans aller vers un déplacement, on porte leur souffrance, leur vécu et c’est justement la compréhension de cela qui permet de rendre plausible son intention ou son travail de recherche. Sans chercher à se substituer ou accaparer le récit de l’autre, parler d’un sujet que l’on connaît et dont on est en mesure de parler. Ces femmes, inconnues sont devenues des sœurs d’âme et de cœur.

Ce livre est essentiel à plus d’un titre. Il l’est pour le souvenir, il l’est pour le rappel, il l’est pour celles disparues, il l’est pour celles revenues et meurtries à jamais, il l’est pour les femmes, toutes les femmes. Mais pas que… D’ailleurs, au sujet des femmes, si ce n’est déjà fait, il faudrait l’adresser à celles, oui ces autres femmes, qui se taisent, black listent ou nient. J’en conviens, elles risquent d’être nombreuses.

Ce livre témoignage, engagé, est aussi source de vie. Celle arrachée mais qui par la mémoire subsiste, celle présente qui veille à ne pas s’éteindre. Face au déni mondial, aux silences coupables et complices, le refus du silence. Une nécessité pour l'auteure comme pour exprimer sa rage, sa sidération. Elle parle d'un présent tout en évoquant hier aussi avec des archives historiques. Témoin d'une situation qui se répète et qui la conduit à réanimer la mémoire.

Cette source de vie qui, à la lecture de ce livre, nous permet aussi de ressentir les choses … « Jusqu’à sentir battre leur cœur ».

« Jusqu’à sentir battre leur cœur » Maïa Brami
(Edt de l’Observatoire, 19€).

(c) Pierre Sinanian/Mi.ian Galery. Nov 25

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire