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samedi 12 novembre 2022

JACQUES DE BASCHER

On sort ce soir... Théâtre !



Que restera-t-il de nous ?

Cette question, Jacques de Bascher y pensait de son vivant. 

Lui, qui tout en restant dans l’ombre de Karl Lagerfeld ou d'Yves Saint Laurent n’aura eu de cesse d’attirer la lumière sur lui.

Il se rêva étoile, il traversa sa vie telle une météorite.

Celle-là même qui traverse le ciel à toute vitesse, illuminant tout sur son passage, lorsqu’elle ne brûle pas ce qui l’approche.

De Bascher s’est brûlé jusqu'à s'autodétruire.

Espiègle, séducteur, dandy, sulfureux prince de la nuit… Il voulait une vie intense, entière, passionnelle.

Pas n’importe quelle nuit, celle où les corps se font tentateurs, celle-là même où l’on s’adonne à tous les plaisirs interdits et qui, à force, vous possèdent.

Pourtant, si chez de Bascher, tout ne tourne pas autour du sexe, il y a aussi l’amour, celui qui fait briller les yeux autant qu’il peut faire souffrir.

L'amour se nomme Karl Lagerfeld. Deux hommes différents et qui se complètent à la fois. Deux forces vives, contradictoires, opposées qui se cherchent, fusionnent, s’appuient…

Il suffit de lire les livres, de Marie Ottavi, Diane de Beauveau-Craon ou encore Raphaëlle Baqué pour découvrir l'intense relation qui liait les deux hommes.

De Bascher est un homme libre, Lagerfeld le sait, et tient farouchement à cette dernière.

Et si le coeur unit ces derniers, c’est un autre couturier qui partagera avec lui tous les plaisirs interdits, Yves Saint Laurent...

Que restera-t-il donc de lui ?

Un vague souvenir ? Une pensée accolée à celle de Lagerfeld ou Saint Laurent ?

Plus que ça.

Une biographie et une pièce de théâtre qui, l’une comme l’autre, célèbrent sa personne. Ce qui n’aurait pas manqué de le ravir.

Sur scène, c’est un comédien au charme vénéneux, cela tombe bien me direz-vous, qui lui rend hommage : Gabriel Marc.

Lorsqu’un comédien choisit un rôle, il fait au mieux pour l’incarner. Oublie sa personne pour laisser l’autre prendre possession de lui. Gabriel Marc n’a pas a forcer, il est de Bascher.

Dès le début, on sait, on comprend, qu’il y a plus qu’un rôle, une interprétation… Il y a une alchimie totale, entière, complète.

Le comédien n’a aucun mal à se mettre dans la peau de ce prince de la nuit. Cela semble même naturel, instinctif, il est de Bascher.

Il l’habite ou, a contrario, c’est de Bascher qui le fait.

Il est évident que le comédien a trouvé en ce personnage, une fascination, plus encore une source inépuisable de créativité.

D'ailleurs, le fait même que de Bascher ne soit pas une personnalité de premier plan (au regard d’un Lagerfeld ou Saint-Laurent j’entends) permet tous les possibles.

Une image, une idée, des récits… La liberté par la suite d’en dessiner tous les contours. Mieux ! De s’affranchir de tout ce qui est conté pour illustrer à sa guise le personnage.

Ce que joue Gabriel Marc est une fiction faite sur mesure par ses soins. Et si l’on peut louer son interprétation,  il faut saluer son talent d’écriture.

Cette même écriture qui souligne l’ambivalence de son héros. Être fragile et outrancié, séducteur en diable et résolument trash, liée à ses addictions et victimes de ses peurs, sans parler de ses innombrables fuites en avant.

Sur une petite scène, il est difficile de concilier de multiples univers. Pourtant, là, tout s’enchaîne avec frénésie… Passant ainsi de l’appartement du personnage, à une boîte de nuit-backroom, d’un café célèbre à un atelier de chez Chloé. Ceci grâce à la mise en scène de Guila Braoudé.

Le théâtre est un rendez-vous précieux. Celui-là même où les émotions multiples et diverses s'y vivent et se font ressentir. 

Et la pièce Jacques de Basher est assurément un haut, et grand, moment de théâtre.

JACQUES DE BASCHER
Auteur et interprète : Gabriel Marc

Mise en scène : Guila Braoudé

Théâtre de la Contrescarpe

(c) Pierre Sinanian/Mi.ian Galery. nov 22

Tags : Jacques de Bascher, Karl Lagerfeld, Yves Saint Laurent, Gabriel Marc

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